Né à Bruxelles le 29 avril 1915, de nationalité suisse, docteur de l'université de Paris, il commence en 1958 un long parcours lausannois : il cumule l'enseignement de l'esthétique des mass media à l'université de Lausanne, la direction du Musée des beaux-arts de Lausanne (1962-1981) et la rédaction de nombreux ouvrages : Découverte de la peinture (1958), et, dès 1963, les douze volumes de Connaissance de la peinture, où apparaît son approche critique de l'histoire de l'art, qu'il relie à l'évolution des moyens de communication.

En 1972, il publie son ouvrage le plus célèbre, La Mutation des signes, où il tente de décrire l'ère multimédia, qui préfigure l'avènement d'une multiréalité. En décrivant la notion de mass media, il l'étend aux moyens de transport de masse, l'avion, l'automobile, ainsi qu'aux activités de masse tels le tourisme, les loisirs, la mode. Il fait oeuvre de précurseur, en s'interrogeant sur ceux qui fabriquent les signes et les produits qui façonnent la vie quotidienne. Il inaugure dans cet ouvrage le concept de « technoculture », d'usage courant aujourd'hui.

René Berger n'a cessé, au fil de ses nombreux ouvrages, de s'interroger sur le marché de l'art, l'éducation artistique, l'université, mais surtout sur les phénomènes révélateurs des arts technologiques (art vidéo, computer art, art télématique, holographie, art des réseaux informatiques), qui ouvrent des dimensions sans précédent.

Eclairer le sens de la mutation en cours, dans l'ensemble de ses manifestations, en se fondant sur l'apport prioritaire des artistes, telle semble bien être l'orientation de René Berger. Au cours des quinze dernières années, par choix philosophique, il s'était donné comme but l'étude de la cybernétique, l'usage intensif de l'ordinateur.

Avec la complicité de Francis Lapique, ingénieur de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), René Berger a créé un Musée virtuel qui, grâce à Internet, permet de divulguer les trésors de l'art mondial (www.bergerfoundation.ch). Ce site a reçu de nombreuses distinctions. S'y ajoute L'Observatoire-pilote, un site consacré aux problèmes de l'heure. Car, jusqu'à sa mort, René Berger s'est employé à déceler les indices susceptibles d'inventer l'avenir. Il appelait de ses voeux un changement radical, qui ferait de l'homme une espèce fondamentalement modifiée, un « homme réseau », non plus seul dans l'habitude des structures familiales et nationales, mais intégré dans les réseaux, et que les réseaux intègrent.


Madeleine Gobeil, Edgar Morin, Le Monde édition du 11.02.09
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